Le Jardin d’Emeraude

Agnès Guillaumin

Comment transformer un banal carré depelouse pavillonnaire en un luxuriant dédale botanique ? Mieux qu’une simple balade, le Jardin d’Emeraude nous offre un voyage initiatique et imaginaire… au pays des bambous.

Le miroir prolonge la perspective de cette composition © Agnès Guillaumin« La hauteur des bambous est très variable selon les variétés », explique Florence Bouillon, présidente de la branche française de l’Association Européenne des Bambous. Les plus petits mesurent quelques centimètres et sont utilisés comme gazon, tandis que les plus grands dépassent parfois quarante mètres de haut. Les chaumes, c’est ainsi que l’on nomme les tiges du bambou, présentent une grande diversité de couleurs et d’ornementations. Ceux de Fargesia nitida ’Jiuzhaigou 1’ deviennent rouges la deuxième année de croissance et lorsqu’ils sont bien exposés au soleil. Les chaumes de Phyllostachys nigra punctata prennent une belle teinte noire et ceux de Phyllostachys bambusoides sulfurea, jaune or… Parfois aussi les chaumes se couvrent d’une pruine bleutée, une poussière fi ne et cireuse. D’autres encore présentent un aspect strié.
 

Secrets de culture

Le chemin serpente entre les diff érents massifs. À droite, les premiers pieds de Phyllostachys viridiglaucescens ont produit en dix ans une véritable forêt. Marc Bouillon, en sa qualité de paysagiste, a longuement étudié l’entretien de ces plantes. L’aspect de belle forêt est obtenu en éclaircissant les chaumes faibles, trop serrés ou tordus, et en élaguant les rameaux jusqu’à une certaine hauteur. Il faut apporter régulièrement au pied un paillis de feuilles et de tontes, ou à défaut, un engrais gazon. Bien nourrie, bien entretenue, la plante pousse mieux.


 

Le Fargesia robusta, un effet saisissant  © Agnès GuillauminEliminer la neige

Si beaucoup de bambous sont originairesde pays tropicaux, près de 20 % proviennent de climats tempérés et peuvent être cultivés sous nos climats. En hiver, la neige constitue le principal danger, alourdit les plantes, les couche au sol et peut les briser si l’on ne prend pas soin de secouer la neige fraîche.
 

Cespiteux ou traçants ?

« Les bambous cespiteux forment des touffes qui s’élargissent d’année en année. Ils ne forment pas de rhizomes traçants, mais il faut malgré tout leur laisser de la place pour qu’ils prennent toute leur ampleur. Souvent leurs chaumes s’élèvent et se recourbent vers l’extérieur en formant une touffe majestueuse », remarque Florence. « les bambous traçants sont un vrai cauchemar pour les jardiniers. Ils sont ici très nombreux et pourtant vous ne verrez pas de barrières anti-rhizomes. Marc a mis au point une technique simple qui consiste à les cultiver en buttes et le long des allées. Ainsi, les rhizomes qui poussent horizontalement vers l’allée peuvent être éliminés facilement. D’autres bambous sont cultivés en îlot, entourés d’un fossé peu profond ».
 


 

 

Les fleurs du Chinomobambusa marmoreaGrande diversité botanique

Pour compenser la vigueur des bambous et « rééquilibrer le jardin », Marc et Florence cultivent aussi un grand nombre d’érables et d’essences rares récoltées, échangées ou acquises au cours de leurs nombreux voyages comme ces Quercus myrsifolia et Q. glauca, ce Michelia yunnanensis, ces
étranges fuchsias botaniques…

 

Les bambous fleurissent aussi

La floraison des bambous est pour tout collectionneur un événement exceptionnel et imprévisible. Tous les bambous de la même variété et du même clone commencent à fleurir ensemble, parfois au bout de longues années. La floraison peut se répéter ensuite quelques années jusqu’à la mort du pied. Le Chimonobambusa marmorea est la deuxième espèce qui a fleuri dans ce jardin. Marc et Florence ont bien pris soin de récolter les graines pour les ressemer.

 

D’innombrables utilisations

Enfin, les visiteurs peuvent découvrir ici un éventail des utilisations possibles des bambous, tant au jardin que dans la vie courante. Plusieurs variétés sont utilisables en alimentation. Il faut néanmoins éviter les espèces trop amères comme Phyllostachys nigra. Certains peuvent être taillés dans le style topiaire. Construction, artisanat, décoration… les usages sont multiples et le jardin d’Emeraude a encore de belles pistes à exploiter.

 

Florence et Marc Bouillon  © Agnès GuillauminUn jardin qui se visite

Florence et Marc Bouillon ont créé ce jardin de bambous il y a 16 ans.
Sacrés et vitaux pour les uns, envahissants pour les autres, les  bambous ne laissent personne indifférent. Leur grande diversité botanique fait l’objet de la première partie de la visite du jardin.

Jardin d'Emeraude
33 rue Ditte 78470 St-Rémy les Chevreuse
Tel 06 20 46 44 00

 

 

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