Là-haut, vers les sommets : le Jardin des Cimes

Edwige Lepelletier

Situé dans la vallée de Chamonix, ce jardin offre au visiteur une vision variée et multiple de la montagne, face à un panorama d’exception : celui de la chaîne du Mont-Blanc. Loin d’être un jardin scientifique, cet espace conçu à plusieurs niveaux permet une plongée en pleine nature autour de la thématique des cinq sens…

Les ruches fournissent le miel à consommer sur place - © Snezana GerbaultÀ Passy, à 1000 mètres d’altitude, le Jardin des Cimes occupe deux hectares et demi d’un terrain pentu bénéficiant d’une exposition ensoleillée. Des univers alpins s’y succèdent, les senteurs variées agrémentent une ascension de plusieurs mètres de dénivelé. Chaque étage montagnard est appelé « porte » en hommage à la démarche culturelle implantée dans les années 70 par la commune de Passy, et à sa route des sculptures. Poésie, art et nature se rencontrent ici pour composer un jardin de toute beauté.
 

Depuis la Porte de l’Ombre vers la Porte des Anges…

Les grimpantes s’entrelacent dans un tunnel de verdure… C’est par la Porte de l’Ombre que l’on pénètre dans l’univers complexe de la montagne. Le parfum du chèvrefeuille retrace l’ambiance des petits matins où les alpinistes quittent gîtes ou refuges pour partir à l’assaut des grands sommets. Clématites du Tibet et glycines de Chine, houblon doré et hydrangea du Japon forment ici un tunnel végétalisé où les chants d’oiseaux accompagnent l’ascension. Cette montée au sommet passe par la porte d’Or. Dès l’aube, le sous-boisd’épicéas avec la reconstitution visuelle et sonore d’un glacier, face au majestueux Mont-Blanc. Un cylindre blanc invite le visiteur dans l’univers des glaces et des neiges éternelles où les cris des choucas résonnent entre craquements de séracs, vents de sommets, et pas dans la neige. Toute la bande sonore du jardin est issue du remarquable travail de prise de son et de montage de Boris Jollivet.

Le potager en carrés à 1 000 m d'altitude - © Snezana Gerbault
L’histoire du Jardin des Cimes

Dessiné par deux compères, Bruno Marmiroli, architecte, et Patrick Ganty, paysagiste, le Jardin des Cimes, ouvert depuis 2008, est le fruit d’un travail collectif. Créé et géré par l’entreprise d’insertion Champ des Cimes, en lien avec la Commune de Passy, le Jardin des Cimes a une triple vocation : être un outil d’insertion sociale et professionnelle pour les personnes embauchées au jardin, permettre la revitalisation du plateau d’Assy en créant une activité touristique et être un lieu de sensibilisation à la nature de montagne. Ouvert en 2008, le Jardin des Cimes a accueilli l’an dernier près de 15 000 visiteurs dont 3 500 scolaires. De nombreux artistes et intervenants sont venus apporter leur contribution au jardin depuis son ouverture : musiciens, plasticiens, designers, vanniers, sculpteurs mettant en lumière la richesse d’un lieu où l’humain reste au centre, admiratif de
la nature qui s’épanouit autour de lui.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Univers multiples…

La deuxième partie du Jardin des Cimes est imaginée comme une mise en lumière du lien entre l’Homme et la nature. Un chemin mène vers la vallée, un clin d’oeil aux premiers chemins de fer de montagne dans un espace mis en scène par le plasticien, Loïc Tellier, à partir des éléments offerts par la Compagnie du Mont-Blanc. Le visiteur est conduit, via une « Main coulante », à un petit bassin aménagé entouré de pétasites aux larges feuilles se reflétant dans l’eau et où poussent massettes, joncs, nénuphars, iris, menthe d’eau et roseaux.L’art et la nature se retrouvent en pleine harmonie, puisqu’au milieu du bassin siège une statue signée de l’artiste suisse Yvan Freymond. La descente vers les potagers se poursuit par un petit chemin où arbres fruitiers et collections de fl eurs de montagne (chardons bleus des Alpes, centaurées des Alpes, alchémilles, reines des prés) se succèdent avant de céder place à une série de plantes mellifères et aromatiques occupant deux terrasses en pierres sèches.
Au milieu de la lavande, du thym, du pigamon et des echinacées, des ruches anciennes aux mille couleurs témoignent de la variété des techniques apicoles et de leur ancienneté. Les petites haies sont ici à l’honneur pour favoriser la biodiversité et un écosystème parfois oublié de certains jardins. Troènes, érables champêtres, groseilliers des Alpes, sorbiers blancs, viornes, noisetiers, aubépines sont ici rois !


Avec ses couleurs métallisées, ce cétoine ne passe pas inaperçu - © Snezana GerbaultLe potager en carrés à 1000 mètres d'altitude - © Snezana Gerbault

Découvrir et apprendre

Une zone pédagogique, un peu à l’écart du chemin de la visite, permet de travailler avec les plus jeunes sur des petits potagers avec des outils adaptés aux petites mains. La porte des Palabres permet d’accéder au monde des potagers aux couleurs chatoyantes et aux mille saveurs.
Le tout premier potager « idéal » est un concentré de toutes les techniques permettant de réaliser un potager bio. L’idée est de montrer à tous qu’il est possible de faire son potager diff éremment. Culture de consoude et d’ortie pour faire ses engrais et pesticides, mariages de plantes, récupération d’eau, composteurs… ici les jardiniers jouent avec les fleurs et les légumes pour faire rivaliser beauté et utilité dans un esprit résolument bio. La parcelle avec « les sauvages » replonge le visiteur dans la période de la cueillette où raifort, tripes madame, sorgho et sarrasin sont entourés de haies de mûres et de myrtilles. Le Jardin asiatique, quant à lui, affiche ses couleurs avec sa rizière, ses parterres de fleurs colorées et ses rangées de légumes et d’aromates asiatiques : persil japonais, poireaux chinois, moutarde rouge, perila, laitue, chrysanthème,coriandre, crosnes du Japon…

 

Et aussi…

Une nouveauté vient compléter la collection des potagers en 2011 avec le « Jardin tout en retenue ». À proximité de la cuisine du jardin, à portée de main de la cuisinière, ce jardin permet de découvrir la simplicité des potagers en carrés, sur des terrains en pente. Nul besoin ici de terrasser, il s’agit de créer des petits paliers dans divers matériaux : bois mort, châtaigner, pierres, saules… C’est idéal pour faire pousser quelques variétés qui accompagnent toute la cuisine du jardin. Car au Jardin des Cimes, on y mange. Son restaurant, le Café du Jardin, est un délice pour le palais mais aussi pour les yeux. Les saveurs et les couleurs s’y mêlent dans un menu unique, quotidiennement renouvelé, et vous entraînent dans un joli parcours gustatif où herbes aromatiques et fleurs fraîches sont évidemment à l’honneur !

 

Une saison courte mais riche

Si la saison peut débuter un peu tardivement au Jardin des Cimes, le jardin ouvre ses portes fin mai, la végétation prend sa revanche très rapidement et les potagers richement garnis, off rent de jolies surprises que David del Cortivo, le jardinier, met en valeur pour la saison à venir. Chaque année, le Jardin des Cimes est repensé avec Patrick Genty, l’un des créateurs du jardin, pour embellir les espaces et varier les centaines d’espèces présentes dans le jardin. Le Jardin des Cimes est aussi un lieu de vie avec sa petite zone de production confiée à un maraîcher bio et ses jardins partagés... Pour s’offrir le plus beau des spectacles, il ne vous reste plus qu’à vous poser sur la grande terrasse du jardin, face au fabuleux panorama du Mont-Blanc, dans cet écrin de poésie et de verdure.

Les zinnias mais aussi les cosmos et les roses d'Inde égayent le potager © Snezana Gerbault
Jardin des Cimes

1133, av Jacques Arnaud
Passy 74190 (Haute-Savoie)
Tél. 04 50 53 44 75
http://www.jardindescimes.com
Ouvert du 29 mai au 9 octobre

 

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