Jean-Henri Fabre et le rouge garance

Anne-Marie Slézec

La garance, une plante réputée pour la fabrication de la teinture rouge - © CNPMAI
La garance, une plante réputée pour la fabrication de la teinture rouge – © CNPMAI

 

« … je ferai de la chimie industrielle » ainsi écrit Jean Henri Fabre (1823-1915), professeur de physique-chimie au lycée impérial d’Avignon. C’est dans l’église St Martial, mise à sa disposition par la ville d’Avignon pour dispenser des cours municipaux pour adultes, que Fabre trouve « un laboratoire spacieux, assez bien outillé. Pourquoi ne pas en profiter ? …utilisons cuves et fourneaux, coûteux outillage dont j’ai hérité, donc, à l’œuvre. »

 

« La grande industrie d’Avignon était celle de la garance…Je me propose d’extraire le principe tinctorial l’alizarine, … J’obtiens, de façon pratique et peu coûteuse, la matière colorante pure, concentrée en petit volume…un de mes amis commence, dans son usine, l’exploitation en grand de mon procédé ; quelques ateliers d’indienneries adoptent le produit, s’en montrent satisfaits…Enfin l’avenir sourit. »[1]

 

La culture de la garance (Rubia tinctorum) est introduite dans le Comtat Venaissin, par Colbert, ministre de Louis XIV. En 1756, Jean Althen, bénéficiant des distributions de graines faites par Bertin, ministre de l’intérieur de Louis XV, réussit les premières mises en culture dans la région. Une ordonnance royale du 27 novembre 1846 autorise l’entrée en France des racines de garance destinées à être moulues et réexpédiées. Ainsi se développe l’industrie de transformation des racines de garance en colorant. Cette dynamique locale dépasse très vite les capacités agricoles. Les fraudes menacent sérieusement les intérêts agricoles et commerciaux. Le 20 décembre 1858, la chambre de commerce d’Avignon met au concours « Trouver un procédé usuel propre à reconnaître d’une manière sûre et facile, dans la Garance et les divers produits qui en dérivent, toute espère d’altération ou de mélange ayant un caractère frauduleux. » Trois chimistes seront récompensés : J-H. Fabre, professeur de physique et de chimie au lycée impérial et aux cours municipaux d’Avignon, Th. Château, chimiste au Muséum d’histoire naturelle de Paris et D. Fabre pharmacien-chimiste professeur au lycée d’Avignon.[2]

 

La Graine d’Avignon

En 1215, le concile de Latran imposa aux Juifs et aux Musulmans de se vêtir d’une manière qui les distinguât facilement des chrétiens. Le pape Jean XXII (1316-1334), imposa aux juifs d’Avignon de porter la rouelle jaune dès l’âge de 14 ans.

Pour teindre les étoffes dans la couleur voulue, on faisait appel aux fruits de plusieurs espèces de Bourdaines méditerranéennes, en particulier Rhamnus saxatilis ssp Infectorius (Petit Nerprun, Graine d’Avignon, Grainette des boutiques, Graine jaune). Le jus en était employé mêlé à du Kaolin et à de l’alun. Outre la teinture d’étoffes, les baies de ce petit arbuste ont également servi à teinter les parquets.

La graine d’Avignon fut enfin utilisée par les aquarellistes enlumineurs.

Dans l’introduction du Jardin du Roi très chrétien Henri IV, paru en 1608, Pierre Valet, brodeur du Roi explique comment enluminer soi-même les planches livrées en noir :

«… et vous enseigner comment il faut mêler et passer les couleurs… Pour la graine d’Avignon, c’est une graine que quand elle est mise en eau d’alun, et la laisser tremper toutes les autres couleurs sont assez vives. Vous serez avertis que le premier de vouloir peindre, il faut prendre de l’eau d’alun et en laver le papier sans le torcher, et le laisser sécher… »

 

Daniel Lejeune

 

La teinture de tournesol

Rien à voir naturellement avec le grand soleil américain, Helianthus annus. Le Chrozophora tinctoria est une Euphorbiacée méditerranéenne dont le suc a été utilisé comme colorant bleu, mais qui vire au rouge en présence d’acide.

La « teinture de tournesol » est ainsi célèbre dans les laboratoires de chimie, pour ses propriétés de réactif coloré au pH. Dans sa Grande flore, Gaston Bonnier indique un emploi alimentaire concernant les fromages de Hollande. L’Encyclopédie de Diderot lui consacre une mention.

La maurelle ou tournesol ou croton a fait jadis l’objet de récoltes importantes à Gallargues-le-Montueux dans le département du Gard.

 

Daniel Lejeune

 

[1] J.-H. Fabre : Souvenirs entomologiques Série 1 chap. XXII pp.362-363

[2] J.-H. Fabre : Dépôt d’un brevet d’invention pour « L’obtention d’une garance épurée, au pouvoir tinctorial accru : la paludine » 30 juillet 1859 Lettre de J.-H. Fabre. Archives MNHN.

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