Invasif l’arbre aux papillons ?

Alain Cadic

L'arbre aux papillons (Buddleja) est d'introduction relativement récente dans nos jardins où il a conquis une bonne place du fait de ses caractéristiques ornementales. Le revers de la médaille est sa propension à coloniser des zones délaissées ou celles qui lui sont favorables. Le caractère invasif de l'espèce la plus commune en pépinière, B. davidii et ses nombreuses variétés, est avéré dans plusieurs régions du monde. La sélection récente s'efforce de produire des variétés stériles pour contrer cet effet non souhaité.

 

Les aspects esthétiques et la rusticité de la plante expliquent l’engouement pour le Buddleja ©A. Cadic

Les aspects esthétiques et la rusticité de la plante expliquent l’engouement pour le Buddleja ©A. Cadic


Le genre Buddleja est dédié au révérend Adam Buddle (1662-1715), un botaniste spécialiste des mousses et à qui l'on doit une flore des Iles Britanniques. Buddle n'a jamais connu la plante qui porte son nom puisque la première espèce introduite en Europe en 1730 est Buddleja americana. L'écriture du nom de genre a posé problème ; la logique voudrait que l'on écrive Buddleia, mais le nom de genre a été orthographié Buddleja par Linné en 1753 et donc conservé ainsi en suivant la règle d'antériorité.
 

 

Buddlejaceae, Loganiaceae ou Scrophulariaceae

Le Buddleja appartient à la famille des Scrophulariaceae. Il n'en a pas toujours été ainsi puisque le genre a été attribué à la famille des Loganiaceae avant de constituer la famille des Buddlejaceae. Les Buddlejeae sont considérées pour le moment comme l'une des huit tribus des Scrophulariaceae. Le seul genre Buddleja a été subdivisé en 4 sections en 1979 puis démembré par exclusion des espèces sud-africaines et réorganisé en seulement deux sections : Nicodemia et Buddleja en 2000. Le genre s'est diversifié en Amérique, en Afrique et en Asie ; il comprend une centaine d'espèces. Ce sont principalement des arbustes à feuilles opposées, aux fleurs tétramères, c'est à dire à 4 pétales, 4 sépales et 4 étamines. L'inflorescence est une panicule dense et terminale dont les éléments forment un ensemble plus ou moins continu dont les exemples extrêmes sont B. davidii et B. globosa. D'un point de vue cytologique, il est admis que le nombre de chromosomes de base est 19 ; beaucoup d'espèces sont diploïdes à 38 chromosomes, mais on trouve également des espèces tétraploïdes à 76 chromosomes comme B. davidii ou de niveaux supérieurs à 114 et 228 chromosomes. B. colvilei, originaire de l’Himalaya se distingue par un niveau de ploïdie et un nombre de chromosomes variables (8X à 24X pour 152 à 456 chromosomes).Du point de vue de la biologie florale, les fleurs sont habituellement hermaphrodites et fonctionnelles ; toutefois, certaines espèces américaines sont dites crypto-dioïques parce que les plantes sont soit fonctionnellement mâles soit fonctionnellement femelles bien que leurs fleurs soient toutes hermaphrodites. D'assez nombreuses variétés ont été sélectionnées, principalement à partir de l'espèce B. davidii et c'est cette espèce et ses variétés qui posent des problèmes importants de colonisation dans certains pays.

 

Buddleja davidii, une espèce aux grandes qualités bien que ...

Le buddleja du père David est originaire de Chine et plus particulièrement des provinces du Sichuan et de Hubei ainsi que du Tibet. Il a d'abord été décrit par le père David en 1869, mais la description officielle en a été faite par Franchet en 1887. L'explorateur britannique A. Henry l'a redécouvert en 1890 et les premiers semis ont été effectués à partir de 1895 par Vilmorin. Depuis, la liste des variétés s'est allongée pour atteindre près de 300 cultivars dont 60% sont des descendants des écotypes de B. davidii introduits et une bonne proportion d'autres (non déterminée) sont des hybrides interspécifiques issus de cette espèce. Le site britannique 'The Buddleja garden' (http://www.buddlejagarden.co.uk/) fournit une liste assez exhaustive des variétés de B. davidii. Le succès horticole est du aux qualités intrinsèques de cette espèce : une certaine variété de coloris des inflorescences, une floraison abondante et estivale, des inflorescences en longues panicules, une bonne rusticité, une multiplication par bouturage très facile, une conduite en culture assez simple, des exigences de sol peu élevées et des problèmes phytosanitaires peu contraignants.
 


Colonisation d’un chantier par un Buddleja © JF. Coffin

Colonisation d’un chantier par un Buddleja © JF. Coffin

Mais une espèce invasive

L'espèce, très florifère est également très fructifère. Les capsules sont chargées de nombreuses graines facilement disséminées qui la rendent invasive dans de nombreuses régions du monde où ses cultivars ont été introduits. En France, il n'est pas rare d'observer des jeunes semis de buddleja dans les friches industrielles, les zones à l'abandon ou même en bordure de voiries. Certains pays ou du moins certaines régions ont établi des listes de variétés ou d'espèces interdites ou autorisées ; c'est le cas par exemple de l'état d’Oregon aux USA. Une façon de lutter contre ce désagrément est la production de variétés stériles. Si la sélection a longtemps consisté à produire des variétés aux couleurs florales diversifiées, au port plus compact, aux inflorescences plus longues, ce n'est que récemment que l'on a vu naître des programmes affichant la stérilité aux côtés des caractères ornementaux conventionnels.

 

Introduction de la stérilité en amélioration des plantes

Pour un sélectionneur, il existe plusieurs façons de répondre au besoin de stérilisation génétique.

 

Recherche de stérilité naturelle

Comme cela a été fait pour un certain nombre de plantes de grande culture il est possible de rechercher dans des descendances des sources de stérilité qui pourraient être facilement maintenues du fait de la multiplication végétative du Buddleja. Cette voie ne semble pas avoir été prospectée et il n'existe pas de référence indiquant la découverte spontanée de mutants stériles.

 

Les sélectionneurs travaillent sur les caractères stériles du Buddleja pour éviter la prolifération de la plante - © A. Cadic

Les sélectionneurs travaillent sur les caractères stériles du Buddleja pour éviter la prolifération de la plante - © A. Cadic

Création de stérilité

La création de variétés stériles peut se faire en altérant l'a régularité de la méiose, cette division cellulaire particulière qui produit les gamètes (ovules, pollen). Ceci peut être obtenu par l'application de traitements mutagènes qui, en altérant l'ADN, peuvent entraîner la stérilité. Chez le Buddleja, cette méthode n'a pas été mise en œuvre dans cet objectif mais plutôt pour induire l'apparition de formes plus compactes ou la modification des couleurs des organes foliaires ou floraux.La technique la plus employée a consisté à croiser des parents ne portant pas le même nombre de chromosomes en bénéficiant de la diversité chromosomique des différentes espèces et en profitant de leurs éventuelles différences phénotypiques (port, couleur, aptitudes diverses, …). L'un des tout premiers hybrides interspécifiques a été obtenu au début du XX e siècle par W.Van De Weyer en croisant l'espèce Sud-Américaine B. globosa à 38 chromosomes à l'une des sous espèces de l'espèce asiatique B. davidii à 76 chromosomes. A cette époque, l'intention était d'introduire le caractère de coloration jaune-orangé de la première dans la seconde. La nouvelle espèce, B. X weyeriana, s'est révélée peu attractive, présentant des inflorescences globuleuses de couleur gris-bleuté. Une deuxième génération obtenue soit par autofécondation ou par croisements entre plantes de la première génération (croisements frères-sœurs) a mis en évidence une plus grande différence de coloris et le retour du coloris jaune-orangé, toujours associé à une inflorescence en panicule constituée de sous ensembles globuleux, dans la première variété exposée : 'Golden Glow'. 'Sungold' est un mutant spontané de la variété précédente obtenu aux Pays-Bas dans les années 60. Ces variétés ainsi que celles qui en sont proches ('Honeycomb', 'Moonlight') sont fertiles. La raison de cette fertilité tient au fait que le croisement original ayant donné B. X weyeriana pourrait provenir d'ovules non réduits de B. globosa (à 38 chromosomes au lieu des 19 attendus) et d'un pollen de B. davidii à 38 chromosomes après réduction méiotique normale. Plus tard, d'autres croisements ont été réalisés entre B. X weyeriana et B. davidii dont on ne peut attendre qu'ils soient stériles ('Bicolor', Blue Boy', 'Pink Pagoda'). Cependant, quelques variétés partiellement stériles sont déjà connues et cultivées en France comme par exemple :

 

'Miss Ruby', un hybride de 'White Ball' X 'Attraction', deux variétés parentales qui proviennent respectivement de B. davidii 'Nanhoensis Alba' pour le premier et d'un descendant de B. x weyeriana 'Honeycomb' pour le second. 'Blue Chip' LO AND BEHOLD ® est génétiquement proche et provient d'un croisement entre B. x weyeriana 'Honeycomb' X (B. davidii 'Nanho Purple' X B. lindleyana) ‘Morning Mist’ SILVER ANNIVERSARY ® est un hybride issu du croisement Buddleja crispa× B. loricata.
 

Liste des hybrides

 

L'amélioration génétique du Buddleja a débuté au début du XXe siècle, mais ce n'est que depuis une vingtaine d'années que des progrès substantiels ont été accomplis pour développer des variétés plus compactes dans une gamme de coloris diversifiée. L'affichage de la stérilité comme objectif de sélection revendiqué est encore plus récent mais semble avoir donné de bons résultats.

 

Outre la stérilité, des progrès importants ont été réalisés dans l’aspect compact et de nouveaux coloris de Buddleja - © A. Cadic

Outre la stérilité, des progrès importants ont été réalisés dans l’aspect compact et de nouveaux coloris de Buddleja - © A. Cadic

 

La collection de référence du genre Buddleja servant à l'attribution des Certificats d'Obtention Végétale (COV) est détenue par le GEVES (Groupe d'Etude des Variétés Et des Semences) sur son site de Brion dans le Maine et Loire. http://www.geves.fr

Le programme Euro-Trial qui associe huit pays européens a pour objectif d’évaluer l’intérêt ornemental d’une espèce horticole dans différents sites pédoclimatiques. En France, c'est G. Galopin, enseignant à Agrocampus-Ouest Centre d'Angers, le coordonnateur des essais.Buddleja davidii et ses variétés ont été soumis à des essais de 2007 à 2010.

 

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