Conservatoire de Milly : Une collection de plantes à usages techniques

Bernard Pasquier

Le CNPMAI, une collection de plus de 1 500 espèces de plantes « techniques » - © CNPMAI
Le CNPMAI, une collection de plus de 1 500 espèces de plantes « techniques » – © CNPMAI

Le Conservatoire National de Plantes à Parfum, Médicinales, Aromatiques et Industrielles (CNPMAI association 1901), est un outil agricole créé en 1987 par et pour les professionnels. Il compte actuellement plus de 1 500 espèces ou variétés et plus de 5 000 accessions (ressources génétiques) concernant une quinzaine de genres et espèces jugées économiquement prioritaires pour la filière : Lavandes, Menthes, Basilics, Origans, Thyms, Sauges, Ciboulette, Arnica, Immortelle…

Source de diversité végétale, le CNPMAI est capable de répondre directement aux besoins des producteurs par la fourniture de semences et plants bien identifiés ou indirectement en approvisionnant en ressources génétiques pré-évaluées par ses soins, les programmes d’amélioration variétale menés par ses partenaires du « Réseau PPAM »[1].

Le Conservatoire a pour objectifs d’étudier les potentialités de mise en culture de nouvelles espèces végétales et de disposer d’un matériel de prémultiplication extrêmement varié. Ce dernier doit pouvoir être mis rapidement à disposition des professionnels, accompagné d’un maximum de données culturales de base. Les collections servent également dans le cadre d’expertises botaniques.

Le matériel végétal étudié concerne avant tout les plantes médicinales, aromatiques et à parfum mais aussi les plantes à fibres (ou plantes textiles), les plantes tinctoriales et colorantes et les plantes insecticides et répulsives qui dans la dénomination du Conservatoire sont regroupées sous le terme « Industrielles ».

Présentons quelques plantes textiles et tinctoriales présentes au conservatoire de Milly :

Les plantes à fibres

Bien souvent, les fibres végétales sont tirées des tiges flexibles et résistantes des plantes. Mais des feuilles (palmier, agave), des fruits (kapokier, cocotier) et des graines peuvent aussi être à l’origine d’extraction de fibres de cellulose ou de lignines. Récolte, rouissage (mise à pourrir), teillage (broyage), cardage/peignage, filature, blanchiment… autant d’étapes de transformation aboutissant au textile, à la corderie, à la sparterie (paillassons, nattes, semelles…), à la papeterie et à la chapellerie, voire à la vannerie… Plusieurs dizaines d’espèces sont en culture au Conservatoire. Parmi celles-ci :

 

Le Chanvre textile Cannabis sativa L.

Les fibres sont séparées selon leur taille : les longues donnent la filasse (cordages, textile), les plus courtes constituent la chènevotte (matériaux de construction et d’isolation, litières) et les débris sont agglomérés en tourteaux.

Rien ne se perd, tout se transforme !

 

La Ramie ou Ortie du Népal Boehmeria nivea (L.) Gaud.

Les fibres aux propriétés d’imputrescibilité donnent un tissu utilisé pour l’égouttage, l’affinage du fromage et du caviar. Alliant ténacité et finesse, brillante et douce telle de la soie, son tissu est huit fois plus solide que le coton.

 

L’Alfa Stipa tenacissima L.

Plante des steppes pré-désertiques, au système racinaire stabilisant le sol, la récolte pour la confection de papier de luxe a parfois entraîné une avancée du désert.

Utilisé aussi pour fabriquer nattes, paillassons, balais …

 

Le Bananier textile Musa textilis Nee

Les fibres de la gaine foliaire ont la propriété de résister à l’eau salée. Polyvalentes, elles peuvent être utilisées pour la corderie, les filets, les chapeaux, les chaussures, les toits, les assiettes, les tapis…

 

… mais aussi le Raphia (Raphia australis Oberm. & Strey), le Lin (Linum usitatissimum L.), les Jutes ou Corètes (Corchorus olitorius L. et C. capsularis L.), les Cotons (Gossypium herbaceum L. & G. barbadense L.), le Sisal (Agave sisalana Perr.), etc.…

Les plantes tinctoriales

Depuis la préhistoire, l’homme fabrique des couleurs (teintures, colorants, pigments) qu’il obtient à partir de minéraux, de matières animales mais surtout d’extraits végétaux. Toutes les plantes sont susceptibles de donner de la couleur, pour la majorité un jaune-verdâtre. Les tinctoriales sont des plantes dites « grand teint » car elles fournissent une palette étonnamment riche de couleurs vives et résistantes. Celles-ci proviennent d’espèces exotiques (Indigotier, Curcuma…), d’espèces de cueillette (Orcanette, Genêt des teinturiers…) et d’espèces cultivées, autrefois ou encore aujourd’hui, en France (le pastel dans la région de Toulouse, la garance surtout en Provence et la gaude dans le Nord et le Languedoc).

De nombreuses tinctoriales sont présentes dans les collections du CNPMAI, d’autant que la plupart ont également des propriétés médicinales :

 

Le Pastel Isatis tinctoria L. ; la Renouée des teinturiers Polygonum tinctorium Lour. ; l’Indigotier Indigofera tinctoria L. Toutes trois sont des plantes dites « indigofères » et donnent un « bleu indigo » seulement par fermentation contrairement à toutes les autres couleurs[2].

 

La Gaude Reseda luteola L. (luteus = jaune)

Divers peuples, de la préhistoire à nos jours, ont utilisé ce très beau jaune, référencé comme le deuxième jaune naturel du Colour Index. Celui-ci est maximisé par une récolte à la fin de sa floraison et un séchage à 40 ° C.

 

L’Orcanette des teinturiers Pardoglossum cheirifolium (L.) Barbier et Mathez, syn. Alkanna tinctoria (L.) Tausch. L’Orcanette, méditerranéenne, croît dans des milieux sablonneux. Ses racines contiennent des principes colorants extraits par l’alcool qui teignent en rouge violacé.

 

La garance des teinturiers Rubia tinctorum L. La reine du rouge est originaire du Moyen-Orient et de l’Est du bassin méditerranéen. Le bain de couleur nécessite le même poids de racines séchées que de tissu à teindre ![3]

 

… mais aussi : la garance voyageuse, la garance à feuilles en cœur, le sorgho (Sorghum bicolor Moench), le safran (Crocus sativus L.), le Cosmos (Cosmos sulphureus Cav.), le Genêt des teinturiers (Genista tinctoria L.), le Nerprun (Rhamnus cathartica L.), l’Aulne (Alnus glutinosa Gaertn.), etc…

CNPMAI : quelques exemples des collections

Quelques exemples des collections

Le CNPMAI, un patrimoine ouvert à tous

Le Conservatoire se visite ! Conscient de la valeur pédagogique et patrimoniale de ses collections, le Conservatoire a décidé de compléter ses missions scientifiques et techniques par des actions pédagogiques et touristiques.

 

– Des visites guidées et animations pour petits et grands :

Les visites guidées et animations pédagogiques au sein des jardins invitent au voyage, entre science et légendes, à la découverte de l’ethnobotanique : que peut-on faire avec les plantes ?

 

– Des visites libres, d’avril à octobre :

L’espace muséographique, centre d’interprétation dédié aux plantes utilitaires et à leurs utilisations dans notre quotidien, permet de découvrir la fabuleuse Odyssée du Végétal. La promenade se poursuit au sein des diverses collections des jardins, parmi près de 1500 espèces et variétés médicinales, aromatiques, à parfum, textiles, tinctoriales, insecticides….

Une boutique et une pépinière de vente de plants permettent de repartir avec quelques spécimens des collections et produits artisanaux.

 

Pour plus de renseignements :

Conservatoire National des Plantes à Parfum, Médicinales, Aromatiques et Industrielles

Route de Nemours

91490 Milly-la-Forêt

01 64 98 83 77

www.cnpmai.net

 

[1] Le Réseau PPAM est constitué de l’iteipmai (institut technique des plantes médicinales, aromatiques et industrielles), du CRIEPPAM (Centre Régionalisé Interprofessionnel d’Expérimentation en Plantes à Parfum Aromatiques et Médicinales), de la Chambre d’Agriculture de la Drôme et bien sûr du CNPMAI.

[2] Voir dans ce dossier, l’article de Denis Bellenot : des bleus indigo, des plantes et de la chimie

[3] Voir dans ce dossier l’article de Anne-Marie Slezec : Jean Henri Fabre et le rouge garance

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