Carex, du panache et du style

Michel Grésille

Insolites par leur texture et leur couleur, les carex ou laîches, apportent une nouvelle dimension paysagère à nos jardins, nos terrasses, mais aussi à l’aménagement des massifs urbains. Rustiques et faciles à cultiver, ces cypéracées gagnent du terrain…

Stipa, Carex testacea, Allium composent ce jardin cotemporain

Son nom vient du mot grec keiro, couper, une allusion aux feuilles fi nement dentées sur les bords, pouvant couper la peau de la main lorsqu’elle glisse dessus. Extrêmement vaste, le genre Carex appartient à la famille des cypéracées et compte plus de 2 000 espèces, pour la plupart adeptes des habitats frais ou humides des régions tempérées du globe. Nous comptons à ce jour, entre 120 et 150 taxons fi gurant dans les listes horticoles de ces plantes vivaces, traçantes ou cespiteuses.

 

Un peu de botanique

Denses et coriaces, leurs touff es à effet graphique assuré sont de plus en plus utilisées dans les massifs. Généralement considérées comme des « graminées ornementales », les carex, ou laîches, ainsi que les joncs (Juncus sp.), font en fait partie de la grande famille des cyperacées et des juncacées respectivement. Les deux genres se distinguent toutefois par quelques caractères botaniques. Les feuilles des carex apparaissent, en général, tant à la base des touffes au niveau du collet, que sur les tiges qui sont « pleines » et de section triangulaire. Les feuilles des joncs, plates ou cylindriques, poussent plutôt à la base de la touffe. Chez les « vraies » graminées, les feuilles se développent au niveau du collet de la plante ainsi que sur les tiges, ces dernières creuses, de section circulaire.
Principalement persistant ou semipersistant, le feuillage, off re une étonnante gamme de couleurs, souvent plus riche que celle de la plupart des graminées ornementales : vert, bleu, glauque, jaune, panaché, bronze… Quelques rares carex sont caducs. À noter également le caractère décoratif des infl orescences en épis de certaines variétés. Plusieurs espèces originaires du Japon sont cultivées en pots comme plantes de serre et d’appartement. Le Carex limosa, laîche des bourbiers, ou laîche des tourbières, est une espèce protégée sur l’ensemble du territoire français.


Carex comans 'Bronze'Carex elata 'Aurea'

Avec toute la palette des graminées ornementales, les carex garnissent les massifs d’arbustes et de plantes vivaces, ainsi que les massifs floraux des villes où ils occupent l’espace tout au long de l’année…

 

Faciles à cultiver

Les exigences des carex sont très variables selon leur origine, mais tous restent de culture facile. La plupart d’entre eux poussent dans tous types de sols du moment qu’ils restent frais et bien drainés. Ils peuvent supporter une sécheresse passagère. Certains apprécient un sol humide et gorgé d’eau (les carex dits aquatiques), alors que d’autres préfèrent des sols secs et basiques. Aussi, on aura donc soin de se reporter au descriptif de culture de chaque espèce et variété. Les carex sont très rustiques et peuvent être exposés à des températures négatives de - 17°C, mais une plantation d’automne fragiliserait les plantes en cas de fortes gelées prolongées. Seules les espèces originaires des zones tropicales et de Nouvelle-Zélande ne supportent pas une température inférieure à - 7°C.
Comme pour beaucoup de graminées ornementales, l’époque de plantation la plus favorable des carex, dans un sol bien préparé au préalable, est le début du printemps lorsque le sol est réchauff é. On veillera à bien respecter les distances de plantation, en général 6 plants par m2 (4 par m2 pour C. pendula et C. elata ‘Aurea’), car ils demandent de la place indispensable à leur bon développement. Au moment de la plantation, il faut arroser copieusement, puis régulièrement tout au long de la première année. Arrosez abondamment en cas de sécheresse importante et surtout vos carex en pots ou bacs.


Carex testacea

… et à multiplier…

Leur multiplication se fait par division des touffes, le printemps étant la période la plus appropriée. On procède à la séparation des plantesmères en 3 ou 4 petites touff es, que l’on rempote et que l’on place « en pépinière » dans un endroit protégé, avec une humidité constante. Les plantes ainsi obtenues, seront mises en place de préférence au printemps suivant. On peut aussi installer directement les plants divisés en pleine terre, sous réserve de soins attentifs, ce qui permet d’anticiper toute nouvelle plantation ou de rajeunir celles existantes. Les carex se multiplient aussi par semis sous abris, pour les espèces tropicales, voire par semis spontanés.

 

Aux petits soins…

Bien adaptés à nos climats et sols, les carex réclament peu de soins. Les sols de nos jardins étant suffisamment riches et fertiles, les carex ne nécessitent pas d’apports particuliers d’engrais. La principale cause d’une croissance diffi cile, d’un dépérissement voire de l’apparition de maladies (rouille, pourriture grise…) est généralement due à une surpopulation. C’est notamment vrai pour les variétés basses, pour les plantes trop rapprochées les unes des autres, ou gênées par leurs voisines. Il faut veiller en été à supprimer les feuilles jaunies ou mortes afi n de rajeunir la touffe et à ne pas maintenir une trop forte humidité au coeur de celle-ci. Si le centre d’une touff e est mort, il faut arracher la plante, la diviser (voir cidessus) et la replanter. Les variétés produisant d’énormes touff es compactes doivent être régénérées de temps à autre.

 

Bon à savoir : tailler… ou pas ?

On ne taille pas les carex persistants. On parle plutôt d’un nettoyage à la sortie de l’hiver qui consiste pour l’essentiel à supprimer les vieilles feuilles séchées. Pour les variétés au feuillage fin (C. buchananii…), il suffit de « peigner » la plante (avec une brosse pour chiens). Enfi n, pour éviter que certaines espèces ne se propagent (C. pendula), il est vivement recommandé de couper les épis floraux avant leur maturité. Un paillage peut être bénéfi que, voire un paillage minéral qui mettra en valeur le feuillage éclatant de certains cultivars.

 

La grande diversité des Carex, leurs caractéristiques et multiples possibilités de leur utilisation au sein des jardins

 

Carex oshimensis 'Evergold', laîche d'Oshima
Du décoratif… à l’utile !

Au Japon, on l’emploie pour confectionner le chapeau du paysan. En France, il est parfois encore utilisé pour le paillage des assises de sièges. Autrefois, des bandelettes de laîche séchées servaient au cerclage du fromage Livarot, pour sa bonne tenue lors de l’affinage. Avec leurs nombreuses espèces et variétés, au large choix de tailles et de feuillages, les carex sont très utilisés par les paysagistes mais également en phytorémédiation, comme plantes filtrant l’eau et capables de se développer dans des sols contenant des hydrocarbures.

 

Savoir plus

Guide des graminées, carex, joncs et fougères. Alastair Fitter, Richard Fitter, Ann Ferrer, Delachaux et Niestrlé, 2009.

Graminées ornementales, 430 espèces et variétés. R. Darke, Ulmer, 2009.

L’Encyclopédie des graminées. R. Darke, E. Lais, C. Valaye, Ed. du Rouergue, 2007.

Le guide des plantes vivaces, Pépinières Lepage 7e édition, 2010.

Encyclopédie des plantes vivaces. Royal Horticultural Society, Graham Rice, Gallimard, 2007.

 

 

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