À Lyon : un jardin hissé sur le toit

Philippe Lahaye

Dans une grande ville comme Lyon, s’approprier un espace afin de le transformer en havre de verdure, le maintenir propre et en vie, reste un privilège. En dehors de tout instinct de propriété, naît naturellement le désir de partage dece lieu de convivialité...

En ville, s'approprier un espace pour le transformer en havre de verdure est possible - © Philippe Lahaye

Faire pousser des plantes, des arbustes et des arbres, dans un espace cerné par le béton peut contribuer véritablement à améliorer la qualité de l’air, le cadre de vie. Et bien plus encore ! Une petite oasis de tranquillité dans une ville dynamique mais bruyante et polluée...

 

Toute une histoire…

Un immeuble de six étages, construit dans les années 1990, à proximité de la place Bellecour à Lyon, accueille au rez-de-chaussée une pouponnière qui bénéficie d’une cour aménagée pour les enfants. Cette première partie du terrain est suivie d’une autre de 340 m2, soit 20 m de long par 17 m de large, accessible aux seuls résidents de l’immeuble. Sous les chaleurs de l’été lyonnais, le gazon qui habille cet espace se transforme, dès le mois de juin, en paillasson disgracieux.
En 2002, le jardin accueille deux cyprès de Leyland (Cupressocyparis leylandii), trop volumineux pour rester sur le balcon. Belle occasion pour ces conifères de croître dans un espace moins confi né. Mais en quelle terre ? En creusant les trous de plantation d’une trentaine de centimètres, on y découvre non seulement que le sol est dur mais aussi que tout le terrain repose sur une dalle en béton, elle-même toiture des garages souterrains… Délimité par des murs mitoyens, ce « Roof Garden », selon la  terminologie anglo-saxonne, n’était qu’un espace délaissé, peu agréable, où le béton se disputait une herbe rase et rare, occupé par une balançoire en mauvais état et deux bancs spartiates…

 


Un jardin pas comme les autres

Au fil du temps, les efforts de la copropriété pour valoriser ce coin délaissé, dans un but hédoniste et esthétique, ont donné des résultats espérés : non pas un endroit de passage mais « un tableau pouvant être admiré depuis les fenêtres de l’immeuble ». L’espace étant limité, des astuces ont été utilisées pour donner plus de profondeur, afin de « noyer » le regard dans un décor verdoyant. Les plantes et les arbustes introduits ont été installés à des hauteurs variées pour obtenir un eff et visuel et structurer le jardin.
Au fil du temps, il fallait jouer avec la transparence, avec les pleins et les vides, pour mieux structurer l’espace.


Le cognassier du Japon illumine le printemps copyrigth Philippe LahayeLa nature rebelle au coeur de la ville…

Lorsqu’on s’aventure dans un parcours de visite sinueux, on y découvre les cloisonnements végétaux, un petit verger et autres surprises... L’effet de profondeur est essentiel : en période de végétation, le jardin paraît tellement plus grand ! Le fond du tènement est occupé par une haie de noisetiers et deux cyprès qui cachent efficacement le mur coté ouest. Leur effet de camoufl age est complété par l’utilisation opportuniste d’un cèdre qui pousse chez les voisins : les branches de cet arbre magnifi que ne sont plus coupées et permettent de recouvrir le mur d’une frondaison bienvenue.

 

Un sol qu’il fallait nourrir

Compact, tassé, argileux, au pH acide et quasiment sans verre de terre... le sol était au départ plutôt une roche » qu’une terre. Très pauvre, il était constamment lessivé par les pluies, surtout à l’automne et au printemps. Situé sur le toit des parkings, cet espace était conçu pour permettre l’évacuation des eaux pluviales. Un apport régulier de terreau et de fertilisants était donc vital pour démarrer le jardin.
Ici tout est recyclé et rien ne se perd. Les cendres issues des cheminées sont épandues au printemps. Elles fertilisent le sol et dessèchent la plupart des limaces du jardin, épargnées par la voracité des merles. Tous les déchets organiques, les épluchures et les pelures, sont recyclés dans un tas de compost caché au fond du jardin. Son apport permet de fertiliser la terre et évite d’encombrer les poubelles. Les feuilles, les branches et autres débris issus de la taille des rosiers par exemple, sont déposés le long des murs pour retenir l’humidité et accueillir les insectes. La partie ombragée de la terrasse héberge quelques pots garnis de lierres en topiaire et sa partie ensoleillée, les lauriers fleurs. Sous cette terrasse s’écoulent les eaux de pluie.

Les trois zones remplies avec de la terre, plutôt argileuse, mélangée à des galets et des débris de chantier, avaient à l’origine une profondeur de 30 à 50 cm. Cette masse de terre est séparée du toit du parking par une couche drainante, composée de plaques de polystyrène perforées et par une couche fi ltrante composée d’un géotextile imputrescible et résistant au poinçonnement.

copyright Phillipe Lahayecopyright Phillipe Lahaye

 

Quelle alternative au gazon ?

La sécheresse de 2003 l’a démontré : garder un beau gazon tout au long de l’été représente un gouff re hydraulique et une aberration écologique. D’un point de vue esthétique et diversité, le gazon ne semblait pas une bonne solution. C’est pourquoi progressivement, le gazon a été repoussé pour être remplacé par le lierre en zone ombragée et par une petite prairie constituée par l’essaimage de graminées récupérées dans la nature ou dans les plantations publiques en fin de saison.

 

Refuges pour les insectes

Une petite maison à insectes existe depuis peu, mais les hôtes ne semblent pas très nombreux. Depuis plus de dix ans l’on pratique ici un jardinage sans aucun produit chimique, à part une ou deux pulvérisations de bouillie bordelaise. Les débris de tailles des haies, des arbres et des arbustes sont broyés sommairement et laissés à la décomposition le long des murs. Cette technique attire et protège les petits lézards et les insectes (syrphe, bourdons, staphylin, chrysope). Les coccinelles sont particulièrement attirées par les plants de fenouils. Le jardin a retrouvé son équilibre écologique.

 

Petit verger

L’an dernier, deux abricotiers de 3 m de haut ont donné une dizaine de kilos de fruits qui ont fait le bonheur des résidents. Des cassis et caseillers, ainsi que deux jeunes pêchers, voisinent avec deux fi guiers. On note la présence de merisiers – sans doute issus de la gourmandise des merles – taillés tous les ans, afi n de ne pas devenir trop envahissants. La présence d’arbres fruitiers est cependant une gageure au vu de la faible hauteur de sol : chaque été, il est nécessaire d’assurer une veille hydrique (arrosage et paillage), afi n de leur éviter de griller sous le soleil lyonnais.

 

Les plantations

Toutes les plantes qui poussent sont ici autorisées à condition de ne pas devenir trop envahissantes. Les oiseaux, précieux auxiliaires, apportent toutes sortes de graines qui donnent des plantes. Il ne reste plus qu’à trier. Érable sycomore, cyprès leylandii, juniperus, bouleau, noisetiers, camélias, rhododendrons, lauriers roses, rosiers, lavandes, hibiscus, hydrangeas, houx, pavots des Alpes font partie des arbres et arbustes qui se plaisent au jardin. Les plantes aromatiques se disséminent facilement : menthe, thym, sauge, ciboulette, aneth… les résidents les cueillent régulièrement. Des boutures, des plantes à repiquer et des graines sont échangées avec d’autres jardiniers. Les plantes achetées en jardinerie, se révèlent souvent être de piètres colonisatrices, dans ce milieu hostile. Cette année, suite à une restructuration des plantations dans le quart sud-est du jardin, un petit potager sera expérimenté, sur la base de deux carrés de1,2 m2.

Une réflexion au sujet de « À Lyon : un jardin hissé sur le toit »

  1. bonjour, est il possible de visiter ce jardin suspendu par exemple le mercredi après midi?
    j’avais découvert il y a quelques années sur les toits des immeubles d’un centre commercial a Tokyo, un grand jardin où poussaient fleurs et légumes pour les restaurants, ce jardin reste gravé dans ma mémoire
    tres cordialement annie claude bolomier

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